
International Records en 1976 avec ses frères et son père. De gauche à droite: Tito Jackson, Randy Jackson, Michael Jackson à environ 19 ans, Marlon Jackson, Jackie Jackson. Assis de gauche à droite: Joe Jackson, Leon Huff, Kenneth Gamble.
Comme vous le savez, Michael Jackson n’aurait pas laissé un centime dans son testament à son père Joseph « Joe » Jackson. Toute sa vie, il aura souffert de l’emprise de l’ogre tyrannique qui lui a volé son enfance. Retour sur les relations troubles entre Michael et Joseph Jackson, qui éclairent le destin tragique de la star.
L’anecdote a déjà fait le tour du monde: dimanche soir, sur le tapis rouge des BET Awards à Los Angeles, Joseph Jackson, le père de Michael, a profité de l’hommage à son fils tout juste disparu pour faire la promo de son nouveau label musical. Pleins feux sur cet ex-ouvrier métallurgiste devenu manager tyrannique de sa troupe d’enfants stars.
Bien des années après que la troupe des Jackson 5 ait accédé au sommet des charts, Michael Jackson avait confié qu’il n’avait jamais compris qui était son père. Dans son livre Moonwalk, paru en 1988, il soulignait être toujours resté: «un type mystérieux pour moi». Mais le ton se durcit à mesure que l’icône vieillit: «Quand j’étais gosse, il n’y avait que le travail, le travail, le travail» raconte le Roi de la Pop sur le divan d’Oprah Winfrey en 1993.
Manager exigeant de son groupe d’enfants-stars, Jackson père les traîne de répétition en festivals, ne leur permettant pas le moindre faux pas. Pour le petit Michael, pas de «papa», ni d’enfance d’ailleurs puisqu’il est propulsé sur le devant de la scène à l’âge où l’on joue aux Lego. «Il lui suffisait d’un regard pour nous terroriser».
Victime de violences physiques et de violence morale par son père, Michael ne s’en est toujours pas remis à l'âge adulte. Au point qu’à l’issue de l’entretien avec Oprah Winfrey, il se tourne vers la caméra et lance un «Sorry, Joseph». C’est dire à quel point le chanteur, même au sommet de la gloire, est encore hanté par la figure de ce père autoritaire qu’il a même, un temps, accusé d’abus sexuel, comme La Toya, l’une de ses sœurs.
De cette enfance volée, Michael Jackson gardera toute sa vie un goût pour le rêve et l’imaginaire. Nul n’ignore désormais que c’est là l’origine de Neverland, sa folie des grandeurs californiennes et de son amour pour Peter Pan, mythe de l’éternelle jeunesse d'un chanteur qui a dilapidé sa fortune pour tenter de ne pas vieillir.
Par ses multiples opérations de chirurgie esthétique au point de devenir un quasi mutant, Jackson cherche à échapper aux ravages de l’âge, à son image envahissante, de plus en plus célèbre à travers le monde, mais surtout pour se débarasser à jamais de son gros nez dont se moquait perpétuellement son paternel. Ironie du sort, un premier rapport post-portem –dont la véracité est contestée- affirme qu’au moment du décès, il avait carrément perdu une moitié de son nez. Autre triste fait: le garçon qui, tout petit, se gavait des beignets glacés rapportés par son papa après le boulot, est mort avec rien d’autres que des pilules dans l’estomac: il ne se nourrissait quasiment plus.
En effaçant peu à peu les attributs de son sexe, de sa race, de l’humain, en somme, il parvenait à n’être plus le fils de personne.
Au fil des années, et avec la naissance de ses propres enfants Michael Jackson semblait avoir apaisé les relations qu’il entretenait avec son père. Lors du procès retentissant du chanteur intenté par Jordan Chandler, pour attouchements sur son fils, en 2005, celui-ci lui a tenu la main jusqu’à l’acquittement.
Aujourd’hui, Joseph Jackson affirme ne poursuivre qu’un seul objectif: faire toute la lumière sur le décès brutal, à 50 ans, du 7e de ses neuf enfants. On ne voit plus que lui, on n’entend plus que lui: cherche-t-il à faire oublier que Michael l’a rayé de son testament en 2002 au profit de sa mère, Katherine, et de ses trois enfants? Mort, Michael Jackson a enfin réussi à couper les ponts avec celui qui lui a volé sa vie.